Des voix locales, un impact durable : le leadership citoyen dans la transformation de l’éducation dans le Ghana rural

School for Life, partenaire de L’Éducation à voix haute, en partenariat avec Youth Empowerment for Life et Ghana Developing Communities Association, soutient les communautés rurales du Ghana pour renforcer l’accès de leurs enfants aux opportunités d’apprentissage. L’Éducation à voix haute est le fonds du GPE destiné à appuyer le plaidoyer en faveur de l’éducation et la redevabilité sociale.

02 décembre 2025 par Dominique Ngoma Nkenzo, Education Out Loud
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Lecture : 4 minutes
Séance de discussion dans l'une des communautés touchées au Ghana. Crédit : CLEAR

Séance de discussion dans l'une des communautés touchées au Ghana.

Credit: CLEAR

Dans la communauté agricole de Bincheratanga, nichée dans la municipalité de Nanumba Nord, au nord du Ghana, l’école locale ne cessait d’être confrontée à de nombreux problèmes.

Le bloc de salles de classes montrait des signes visibles d’usure, selon les membres de la communauté. Le bureau du directeur était quasi inutilisable, et chaque fois que le ciel s’assombrissait, les élèves et les enseignants abandonnaient la leçon, craignant que les structures vieillissantes ne résistent pas à la pluie.

À quelque 400 kilomètres de là, dans le village de Siiru, le bâtiment de l’école tenait bon, mais les enfants avaient l’esprit distrait à cause de leurs estomacs vides.

Malgré la politique nationale garantissant un repas quotidien à chaque élève, le programme d’alimentation scolaire n’avait pas encore commencé à Siiru.

De nombreux enfants quittaient l’école à midi pour rentrer chez eux et déjeuner, et ne revenaient plus à l’école.

Mahathebel Don Aabeteriyele

« Certains jours, je craignais que notre école ne ferme. Sans nourriture, comment espérer que les enfants restent à l’école, et encore moins apprennent ? »

Mahathebel Don Aabeteriyele
Directrice de l'école

En raison des conditions dans les deux villages, il était difficile d’attirer et de retenir les enfants à l’école. Les parents et les dirigeants ne s’étaient pas encore rendu compte qu’ils avaient le pouvoir de changer la situation.

Les approches de responsabilité sociale de CLEAR

Le projet CLEAR, l’acronyme de Citizen-led Action for Educational Accountability and Responsiveness (Actions citoyennes pour la redevabilité et la réactivité dans le secteur de l’éducation), est soutenu par L’Éducation à voix haute et mis en œuvre par School for Life ainsi que d’autres organisations de la société civile au Ghana.

CLEAR s’efforce de mettre en place des initiatives communautaires à titre de mesure temporaire pour faire face aux défis immédiats, tout en permettant aux groupes citoyens de dialoguer avec les acteurs gouvernementaux concernés afin de promouvoir des solutions permanentes.

CLEAR complète les efforts déjà déployés par le gouvernement en dotant les communautés d’outils leur permettant de dialoguer de manière constructive avec les autorités chargées de l’éducation.

CLEAR s’articule autour de trois grandes étapes :

  • Mobilisation et recrutement : CLEAR travaille directement avec les communautés pour former des groupes de citoyens, tels que des parlements de jeunes, des comités, des groupes de filles, des associations de femmes et des associations de parents d’élèves.
  • Renforcement des capacités : Grâce à des ateliers et des sessions de formation, les citoyens acquièrent les connaissances, les outils et les compétences nécessaires pour agir et pérenniser le changement. Ces outils peuvent inclure des téléphones portables ou d’autres technologies, et les résultats se traduisent souvent par des plans d’action communautaires.
  • Production d’éléments probants : Les citoyens, dotés de nouvelles capacités, collectent des données sur des questions clés telles que les infrastructures scolaires, l’assiduité des enseignants, le matériel pédagogique ou encore la participation de la communauté aux comités de gestion scolaire.

L’éveil de la redevabilité dans les zones rurales du Ghana

« Nous avons commencé à impliquer les citoyens et à renforcer les capacités, faisant d’eux de véritables catalyseurs au sein de leurs communautés. Ils ont entamé un dialogue à la fois ouvert et positif avec les autres membres, et même avec les responsables des bureaux locaux. »

Zulyaden Amadu
Chef du Projet CLEAR

Dans les villages de Bincheratanga et Siiru, parents, enseignants et dirigeants communautaires, ainsi que d’autres parties prenantes, ont tenu séance afin d’aborder les défis auxquels les écoles sont confrontées et d’explorer des solutions possibles.

« Un tournant décisif s’est produit à Bincheratanga le jour où la communauté s’est réunie pour examiner les chiffres de scolarisation qui présentaient des taux inquiétants d’abandon, en particulier pendant la saison agricole. »

Asantewah Yeboah Diato
Agent de terrain du Projet CLEAR

Lorsque des recits d’enfants qui manquaient l’école pour aller chercher de l’eau, travailler dans les champs ou s’occuper de leurs cadets ont émergé, un silence pesant s’est installé dans la salle.

Asantewah Yeboah Diato se souvient comment l’ancien Mohammed Bashim a pris la parole, la voix tremblante d’émotion : « Nous étions fiers de façonner la vie de nos enfants grâce à cette école. Mais nous l’avons vue s’effondrer, et avec elle, l’héritage que nous avions construit s’est évanoui », a-t-il déclaré, reflétant la prise de conscience de la communauté qu’elle pouvait et devait agir pour remédier à la situation.

Une étincelle qui s’est propagée dans les communautés

Les membres de la communauté ont immédiatement commencé à travailler ensemble pour restaurer le bureau du directeur. Parallèlement, ils ont commencé à militer pour obtenir des fonds publics afin de construire un réservoir d’eau, garantissant ainsi une eau potable aux élèves.

À Siiru, la réponse de la communauté a été tout aussi marquante. À la suite des discussions, le chef de la communauté a décidé d’allouer un terrain pour créer une ferme scolaire.

Il a également été décidé que la ferme serait gérée par le comité de gestion de l’école et l’association des parents d’élèves, tous les membres de la communauté apportant leur soutien et jouant un rôle de surveillance et de responsabilité.

« Les parents cultivent désormais ensemble la ferme scolaire et les femmes se portent volontaires pour cuisiner, animées par l’espoir que leurs enfants resteront à l’école et deviendront les futurs leaders qui pourront également aider notre communauté. »

Bashid Saaka
Journaliste local et membre de la communauté de Siiru

Les résultats ont été convaincants. Selon CLEAR, de 2024 à 2025, le nombre d’enfants scolarisés a augmenté de 41 à 171 à Siiru, et de 564 à 590 à Bincheratanga. En outre, le taux de fréquentation s’est améliorée et les enseignants ont retrouvé leur motivation.

Comme l’a dit un père : « Nous avons compris que le changement commence avec nous. »

Asantewah Yeboah Diato y réfléchit : « C’est ce que CLEAR défend : aider les communautés à découvrir leur propre pouvoir d’exiger et de créer le changement. La véritable transformation commence lorsque les citoyens prennent les devants. »

Des défis subsistent : Siiru attend toujours le soutien du gouvernement dans le cadre du programme d’alimentation scolaire, et Bincheratanga a besoin d’infrastructures supplémentaires pour faire face à l’augmentation des inscriptions.

Mais dans les deux villages, l’étincelle a été allumée. Les communautés vont de l’avant avec une énergie et une détermination renouvelées, jetant les bases d’une transformation durable de l’éducation.

Au Ghana, le GPE soutient le ministère de l’Éducation avec plus de 110 millions de dollars d’investissements , notamment via le projet Ghana Accountability for Learning Outcomes (GALOP) (Projet de redevabilité en matière de résultats d'apprentissage au Ghana) financé par le GPE – le projet phare du Ghana pour améliorer l’apprentissage fondamental – ciblant tout particulièrement les zones mal desservies dans le Nord et le Sud, ainsi que les régions cacaoyères.

Ce soutien comprend des investissements pour construire et entretenir des infrastructures, remplacer des espaces d’apprentissage informels par des écoles formelles, améliorer les logements des enseignants et promouvoir la construction écologique.

La deuxième phase de GALOP, qui a débuté en 2025, a permis d’étendre les interventions à 14 000 maternelles et 16 000 écoles primaires publiques (soit la totalité des écoles primaires publiques).

En parallèle, les partenaires d’Éducation à voix haute renforcent le rôle de la société civile afin de promouvoir la transparence, la redevabilité et un dialogue inclusif sur l’éducation.

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