Un mutirão mondial à la COP30 : pourquoi l’éducation joue un rôle déterminant dans l’action climatique ?

L'éducation est au cœur du mutirão, terme brésilien désignant le rassemblement des communautés. Elle est idéalement placée pour impulser une action collective visant à renforcer la résilience climatique, en commençant par l'école.

02 décembre 2025 par Sarah Beardmore, GPE Secretariat, Rikke Kristiansen, GPE Secretariat, et Rodolfo Andres Scannone Chavez, GPE Secretariat
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Lecture : 5 minutes
Une élève, originaire de Manikpur, Shantiganj, se rend à l'école en pirogue pendant les inondations généralisées qui ont touché le nord-est du Bangladesh en 2024. Crédit : UNICEF/UNI636920/Himu

Une élève, originaire de Manikpur, Shantiganj, se rend à l'école en pirogue pendant les inondations généralisées qui ont touché le nord-est du Bangladesh en 2024.

Credit: UNICEF/UNI636920/Himu

Alors que la 30ème conférence des Parties (COP30) touche à sa fin sous la présidence brésilienne, le thème du sommet, « Mutirão », a offert une vision puissante de l'action collective.

Ancré dans les traditions indigènes du Brésil, le mutirão décrit des communautés qui s’unissent et mettent en commun leurs ressources pour construire un bien commun.

Ce concept est bien plus que symbolique. Il s'agit d'un schéma directeur concret pour lutter contre la crise climatique, rassembler les acteurs, partager les responsabilités et œuvrer ensemble.

L'éducation se trouve au cœur du mutirão, étant donné qu’elle occupe une place unique pour rassembler les communautés et encourager une action collective afin de renforcer la résilience face au changement climatique, en commençant par l'école.

Pourtant, malgré la vision unificatrice de la COP30, les conclusions du sommet ont révélé à quel point il est encore difficile de transformer les idéaux collectifs en mesures concrètes à l'échelle mondiale.

Une famille prépare une banderole pour manifester devant sa maison dans le village de Patzité, à Quiché, au Guatemala. Crédit : UNICEF/UNI551038/Willocq

Une famille prépare une banderole pour manifester devant sa maison dans le village de Patzité, à Quiché, au Guatemala.

Credit:
UNICEF/UNI551038/Willocq

Concilier urgence et opportunité

La crise climatique touche déjà des centaines de millions d'enfants dans le monde.

Les systèmes d’éducation, qui avaient été conçus à une époque où le climat était relativement stable, doivent désormais faire face à des défis sans précédent.

Avec le changement des cycles hydrologiques (le mouvement continu de l'eau entre le sol, les océans et l'atmosphère) et l'intensification des phénomènes météorologiques extrêmes, les catastrophes climatiques fréquentes sont devenues la nouvelle norme pour les écoles.

Pour les enfants, le changement climatique représente un multiplicateur de menaces, dès lors qu’il accroît leur risque de perdre l’accès à des possibilités d’apprentissage sûres et pérennes.

En 2024, un enfant de 10 ans aura connu deux fois plus de feux de forêt et de cyclones tropicaux, trois fois plus d'inondations fluviales, quatre fois plus de mauvaises récoltes et cinq fois plus de sécheresses au cours de sa vie qu'un enfant du même âge en 1970.

Lorsque les enfants ont de la chance, ils passent leurs années formatrices à l'école, où ils acquièrent des compétences fondamentales et avancées, développent leur santé socio-émotionnelle et physique, et profitent tout simplement de leur enfance.

Pourtant, l'éducation est l'un des secteurs les plus vulnérables au changement climatique. Ce secteur subit des pertes financières de 4 milliards de dollars par an rien qu'à cause des cyclones tropicaux, et les dérèglements climatiques ont des répercussions durables sur l'apprentissage.

Au Pakistan, six mois après les inondations dévastatrices de 2022, les familles attendaient toujours la réouverture des écoles, et 92 % d'entre elles ignoraient quand les cours reprendraient.

Au Bangladesh, une vague de chaleur a entraîné la fermeture de toutes les écoles du pays l'année dernière, privant ainsi 33 millions d'enfants d’accès à l’éducation.

Les enfants sont aussi particulièrement vulnérables au changement climatique. Leur développement cérébral et leur croissance rapide les rend particulièrement sensibles aux perturbations environnementales, et les facteurs de stress liés au climat peuvent déclencher des effets qui se répercutent tout au long de leur vie.

Leur fréquence respiratoire plus rapide, leur système immunitaire encore en développement et leur faible capacité de thermorégulation (c’est-à-dire le maintien d'une température corporelle interne stable) les rendent plus vulnérables aux polluants atmosphériques, aux maladies infectieuses et aux fortes chaleurs.

L'urgence est évidente : seul un mutirão permettra de préserver le bien-être et l'éducation des enfants dans le monde.

Mobiliser la société

Grâce à sa présence dans toutes les communautés, l'éducation est un outil puissant de mobilisation et le meilleur moyen de mobiliser la société pour lutter contre le changement climatique. Le mutirão brésilien lors de la COP30 est un appel à l'action qui invite les citoyens ordinaires à participer au débat.

La Banque mondiale considère l'éducation comme l’indicateur le plus fiable de la sensibilisation au changement climatique. L'accès à l'enseignement des sciences, de la technologie, de l'ingénierie et des mathématiques (STIM), ainsi qu'à l'enseignement et à la formation techniques et professionnels, sera essentiel pour répondre à la demande d'emplois verts et favoriser une transition juste vers des sociétés écologiques.

L'éducation joue également un rôle essentiel dans l'adaptation au changement climatique. Une étude menée dans 125 pays a révélé que l'éducation des filles était « le facteur social et économique le plus important associé à une baisse de la vulnérabilité » (p. 5) face aux catastrophes.

Il existe une corrélation directe entre le nombre moyen d'années de scolarité d'une fille et la résilience d'un pays face aux catastrophes climatiques.

Un système éducatif résilient face au changement climatique peut également jouer un rôle déterminant dans la prévention, la réduction et la gestion des risques climatiques, étant donné qu’il renforce les capacités des communautés à prévenir, à se préparer, à réagir et à se relever des risques auxquels elles sont confrontées.

La bonne nouvelle de la COP30 est que 152 contributions déterminées au niveau national (CDN), les engagements des pays en faveur du climat qui doivent être révisés cette année, intègrent désormais de manière significative l'éducation au changement climatique.

Il s'agit d'une hausse considérable par rapport aux 40 engagements nationaux de 2015, qui pourrait marquer le début d'un vaste effort pour garantir que les systèmes éducatifs du monde entier soient véritablement prêts à faire face au changement climatique.

Toutefois, l’éducation, malgré sa capacité à mobiliser les sociétés, n'a bénéficié que d'une visibilité limitée dans les décisions finales de la COP30, ce qui reflète un décalage persistant entre les discours et les investissements concrets.

Pour faire avancer ce programme, des efforts soutenus en faveur d'une éducation plus verte devront être déployés au niveau national, en attendant que le débat international rattrape son retard.

Yar ul Haq (7 ans) marche dans les eaux de la crue. Son village submergé a contraint des familles comme la sienne à patauger dans l’eau profonde pour trouver sécurité et secours, dans le village de Malal Basti, district de Jhang, Punjab, Pakistan. Crédit : UNICEF/UNI860664/Ahmed

Yar ul Haq (7 ans) marche dans les eaux de la crue. Son village submergé a contraint des familles comme la sienne à patauger dans l’eau profonde pour trouver sécurité et secours, dans le village de Malal Basti, district de Jhang, Punjab, Pakistan.

Credit:
UNICEF/UNI860664/Ahmed

Rassembler tous les acteurs autour d'un programme commun

Nous avons besoin d'un mutirão au niveau national, qui rassemble tous les acteurs autour d'un programme commun au service de la qualité, de l’équité et de la résilience de l’éducation, afin d'adapter les systèmes éducatifs au 21ème siècle et de leur permettre de faire face au changement climatique et de garantir un enseignement de qualité à tous les enfants, quelle que soit leur situation.

L'initiative du GPE pour des systèmes éducatifs intégrant le climat (CSESI) est un exemple concret de ce à quoi peut ressembler un mutirão.

Dotée d'un budget de 21 millions de dollars, cette initiative permet à 35 pays et territoires partenaires de renforcer la résilience climatique de leurs systèmes éducatif.

Pour ce faire, elle aide les ministères de l'Éducation à intégrer l'adaptation au changement climatique et la viabilité environnementale dans leurs plans, budgets et stratégies du secteur de l'éducation, et favorise la coordination entre les principaux acteurs nationaux, notamment les ministères de l'Environnement et les autorités chargées de la gestion des risques de catastrophe.

L'initiative aide également les pays partenaires à identifier les moyens d'accéder au financement de l’action climatique pour soutenir l'éducation.

Au Soudan du Sud, qui est un pays partenaire du GPE depuis 2012, le ministère de l'Éducation générale et de l’Instruction et le ministère de l'Environnement et des Forêts n'avaient jamais collaboré auparavant. Cependant, grâce à l'initiative pour des systèmes éducatifs intégrant le climat, ils ont établi un partenariat officiel en lançant un groupe de travail sur les écoles vertes, ce qui a permis aux deux ministères de collaborer activement sur des priorités communes. Cette collaboration leur a permis d’élaborer conjointement des documents d'orientation sur la manière de rendre l'éducation résiliente face au changement climatique, ainsi que d’assurer une coordination plus régulière entre la société civile, les écoles et les partenaires de développement, ce qui a contribué à briser les silos et à mettre en place une approche commune.

Dans les Caraïbes, la mobilisation de financements de l’action climatique en faveur du secteur de l'éducation nécessite de plus en plus une coordination étroite entre les ministères. Des ateliers organisés à Saint-Vincent-et-les Grenadines et à la Grenade dans le cadre de l'initiative pour des systèmes éducatifs intégrant le climat ont réuni des responsables des ministères de l'Éducation, des Finances, de la Planification et de l'Environnement afin de renforcer leurs capacités à élaborer des projets qui intègrent le climat.

« La participation de divers ministères et secteurs a mis en évidence l'importance et l'interdépendance de tous les acteurs concernés lorsqu’il s’agit d’accéder au financement de l’action climatique. »

Alexis Caine
Planificateur adjoint de l’éducation pour Saint-Vincent-et-les Grenadines

Le thème du mutirão de la COP30 est un appel à l'action collective.

L'éducation n'est pas seulement un secteur touché par le changement climatique, mais elle est essentielle pour mobiliser la société, renforcer la résilience et permettre à la prochaine génération de prospérer dans un monde en constante évolution.

Alors que le monde attend des engagements internationaux plus ambitieux, l'esprit dumutirão perdure et nous rappelle que les véritables progrès commencent souvent au niveau local, sous l'impulsion des communautés, des éducateurs et des jeunes.

Le moment est venu pour chacun d’entre nous de rejoindre le mutirão et de placer le bien-être des enfants au cœur de la lutte contre le changement climatique.

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