S’attaquer aux normes masculines nuisibles en milieu scolaire est essentiel pour parvenir à l’égalité des genres
03 décembre 2025 par Matthias Eck, UNESCO, Catherine Jere, University of East Anglia, Tamara Martí Casado, UNESCO, Cody Ragonese, Equimundo: Center for Masculinities and Social Justice, et Justine Sass, UNESCO |
Lecture : 6 minutes

Un projet de recherche du GPE KIX, soutenu par l’UNESCO, Equimundo et l’Université d’East Anglia, fournit des pistes pour lutter contre le désengagement des garçons vis-à-vis de l’éducation tout en faisant progresser l’égalité des genres.

En 2023, les garçons représentaient plus de la moitié des enfants non scolarisés dans le monde, soit environ 139 millions.

L’éducation est un droit humain fondamental et un puissant moteur de développement économique. Pour que personne ne soit laissé de côté, les pays ont fait des efforts à juste titre pour améliorer les possibilités d’éducation offertes aux filles.

Malgré les progrès notables réalisés, il demeure essentiel de soutenir les filles pour parvenir à l’égalité des genres.

Pourtant, d’après le rapport mondial de l’UNESCO en 2022 sur le décrochage scolaire des garçons, dans certaines régions et à certains stades de l’éducation, les garçons sont confrontés à des défis éducatifs importants.

Même dans certains pays où les filles ont toujours peiné pour accéder à l’éducation sur un pied d’égalité, les garçons sont désormais à la traîne : ils sont plus susceptibles de redoubler ou d’abandonner en cours scolarité et d’afficher des résultats d’apprentissage plus faibles.

Pour bâtir des sociétés inclusives et équitables, il est crucial de lever les obstacles à l’éducation qui touchent tant les filles que les garçons.

Comment s’attaquer au décrochage scolaire des garçons, tout en faisant progresser l’égalité des genres ? Le projet de recherche intitulé Lever les barrières : des garçons instruits pour l’égalité des genres, mené par le GPE KIX avec le soutien de l’UNESCO, d’Equimundo et de l’Université d’East Anglia, nous livre de premiers éléments de réponse.

Notre approche consiste à promouvoir une éducation transformatrice du genre avec un soutien spécifique pour les garçons, là où cela est nécessaire.

Les élèves réalisent une activité de groupe en classe dans une école au Cambodge. Crédit : UNESCO/Equimundo/UEA

Les élèves réalisent une activité de groupe en classe dans une école au Cambodge.

Credit:
UNESCO/Equimundo/UEA

Les normes sexistes préjudiciables sont au cœur du problème

Les normes sexistes préjudiciables contribuent au décrochage scolaire des garçons. Les normes sociales et sexistes qui associent la réussite scolaire à un manque de virilité, les attentes selon lesquelles les garçons doivent être des soutiens de famille ou encore, le recours plus fréquent aux châtiments corporels à leur égard peuvent conduire certains d’entre eux à abandonner l’école.

Il est essentiel de bien concevoir et cadrer les interventions éducatives pour que personne ne soit laissé de côté. Soutenir l’engagement scolaire des garçons ne doit ni freiner les progrès des filles ni ignorer les obstacles spécifiques qu’elles rencontrent. Ce soutien doit plutôt s’inscrire dans une approche porteuse de transformation, où tout le monde est gagnant.

Les activités de plaidoyer ont joué un rôle central dans la prise en compte des garçons : s’attaquer à la question de leur décrochage scolaire est une étape cruciale dans la lutte plus large pour l’égalité des genres.

L’impact est puissant. Les garçons et les hommes instruits sont plus susceptibles de défendre l’égalité et de respecter tous les individus.

Les garçons ne sont ni des « problèmes » à corriger ni des cas à pathologiser. Les stratégies éducatives gagnent à mettre en avant leurs atouts et leur potentiel, en s’appuyant sur leurs forces, leurs aspirations et leurs valeurs pour favoriser leur réussite scolaire et leur épanouissement.

C’est l’essence d’une approche « fondée sur les ressources » : passer d’une logique de remédiation à une reconnaissance des forces des garçons et de leur capacité à réaliser leur plein potentiel scolaire.

Des élèves résolvent un exercice en classe. Cambodge. Crédit : UNESCO/Equimundo/UEA

Des élèves résolvent un exercice en classe. Cambodge.

Credit:
UNESCO/Equimundo/UEA

Transformer la recherche en solutions pratiques

Les interventions visant à remédier au décrochage scolaire des garçons sont rares.

D’après nos recherches, les interventions efficaces devraient inclure une approche globale de l’école : offrir aux garçons des lieux sûrs favorisant l’interaction et la réflexion, soutenir de façon continue les enseignants et les facilitateurs, encourager les expressions positives de la masculinité et impliquer les éducateurs et les membres de la communauté pour garantir la réussite et la viabilité à long terme.

En particulier, cette approche met en avant le fait que tous les garçons et les hommes devraient être libres d’exprimer diverses expressions de la masculinité positive sans craindre l’exclusion, le ridicule ou la violence.

Elle favorise des expressions de masculinités en phase avec les valeurs égalitaires, tout en contribuant à la santé et au bien-être. À titre d’exemple, citons l’implication active des pères et des partenaires, la bienveillance et l’intimité, et la recherche d’aide.

Approche globale de l'école

Sur cette base, nous testons une intervention au niveau de l’école transformatrice du genre qui profitera à la fois aux garçons et aux filles, comprenant la formation professionnelle des enseignants, des ressources pédagogiques et les clubs de garçons, le tout complété par des concepteurs de formations et des réviseurs de matériel d’enseignement et d’apprentissage.

Créer une appropriation nationale et socialiser les résultats

Nous avons mené des travaux de recherche approfondis sur le décrochage scolaire des garçons dans trois pays ciblés, le Cambodge, le Lesotho et le Malawi, afin d’adapter les interventions, le matériel et la formation aux besoins et aux contextes des pays.

Nous avons sélectionné ces pays compte tenu des données et des priorités en éducation, ainsi que de la capacité d’exécution des membres du consortium et des partenaires au niveau national.

De plus, les trois pays affichent des nombres plus élevés de garçons que de filles d’âge primaire et secondaire non scolarisés, de faibles niveaux d’apprentissage et des niveaux élevés de violence physique et d’intimidation à l’école (voir encadré).

Situation de l’éducation des garçons dans les pays sélectionnés au moment de la conception du projet (2023)

Cambodge

  • 461 000 garçons étaient non scolarisés contre 382 000 filles (2021) (UNESCO-UIS, 2023)
  • Le taux de pauvreté des apprentissages s’élevait à 93 % chez les garçons et à 88 % chez les filles (2021) (UNESCO, 2022)
  • La prévalence de l’intimidation était de 22 % chez les filles et de 23 % chez les garçons au Cambodge (2019) (UNESCO, 2019)

Le Plan stratégique de l’éducation (2019-2023) du Cambodge comporte des mesures visant à garantir aux garçons un accès égal à l’éducation. Le Pacte de partenariat aux termes du GPE 2025 prévoit un diagnostic pour identifier les obstacles à la rétention et à la réussite des jeunes à l’école secondaire, en particulier les garçons. Le ministère de l’Éducation étudie également les disparités entre les sexes dans les résultats scolaires, ainsi que des stratégies pour remédier à la sous-performance des garçons.

Lesotho

  • 47 000 garçons étaient non scolarisés contre 37 000 filles (2019) (UNESCO-UIS, 2023)
  • 8 % des garçons contre 18 % des filles ont atteint les niveaux minimaux de compétences en lecture en 2e/3e année (2022) (UNESCO, 2022)
  • Près de 33 % des filles et 57 % des garçons ont subi des violences physiques avant l’âge de 18 ans (2018) (VACS, 2020)

Le Plan d’éducation (2016-2026) du Lesotho promeut des approches sensibles au genre et l’implication des apprenants, y compris un audit des programmes d’études primaires et un examen du secondaire. Dans son engagement au Sommet sur la transformation de l’éducation, le pays relève des normes sexistes préjudiciables. L’UNESCO a réalisé une étude de cas sur le décrochage scolaire des garçons en 2022.

Malawi

  • 490 000 garçons étaient non scolarisés contre 481 000 filles (2019) (UNESCO-UIS, 2023)
  • Seulement 14 % des élèves de 4e année avaient acquis des compétences fondamentales en calcul au Malawi (2021) (UNICEF, 2022)
  • La prévalence de l’intimidation était de 47 % chez les filles et de 43 % chez les garçons (2019) (UNESCO, 2019)

Le Plan stratégique 2020-2025 de l’Institut de l’éducation du Malawi met l’accent sur la gestion des questions transversales, telles que l’égalité des genres, pour assurer une éducation inclusive et de qualité, tout en renforçant les capacités institutionnelles. Parmi les principales mesures énoncées dans ce plan, citons l’analyse de l’intégration de la question de l’égalité des genres dans les programmes scolaires, l’élaboration et la distribution de matériel et la formation professionnelle des enseignants. L’engagement pris par le Malawi au Sommet sur la transformation de l’éducation vise également à mettre fin à la violence sexiste. Toutefois, la recherche met en garde contre le fait qu’une focalisation exclusive sur les filles peut amener à négliger les complexités liées à l’égalité des genres, créant du ressentiment et entravant le progrès, en particulier chez les garçons défavorisés (Monkman et Hoffman, 2013 ; Moleni, 2008).

Nous avons activement saisi les occasions de consulter les parties prenantes nationales et d’intégrer les efforts de renforcement des capacités afin de créer un véritable impact.

Voici quelques-unes des stratégies d’engagement que nous avons mises en place pour favoriser une appropriation nationale et socialiser les résultats :

  1. Événements du lancement national : Le projet a été lancé dans tous les pays participants pour renforcer l’appropriation nationale, encourager la collaboration et renforcer l’engagement des principales parties prenantes :

« Ce projet est essentiel pour promouvoir l’éducation des garçons, faire progresser l’égalité des genres et atteindre les objectifs de développement durable 4 (Éducation de qualité) et 5 (Égalité des sexes). »

Dr. Bunroeun
Secrétaire d’État au ministère cambodgien de l’Éducation, de la Jeunesse et des Sports
  1. Création de coalitions nationales : Au Malawi, où nous pilotons une intervention au niveau de l’école, nous avons mis sur pied un comité consultatif avec des acteurs clés de l’éducation et de l’égalité des genres pour atténuer les risques, et garantir la pertinence et l’adhésion au niveau national. Les membres de ce comité peuvent être des défenseurs clés et des premiers utilisateurs des extrants du projet. Parmi ces acteurs clés, citons notamment les principales directions du ministère de l’Éducation, l’Institut de l’éducation du Malawi, le ministère de l’Égalité des genres, du Développement communautaire et de la Protection sociale, le ministère de la Jeunesse et les Coalitions éducatives de la société civile.
  2. Opportunités de collaboration : Nous avons demandé à l’Institut de l’éducation du Malawi, le centre national de gestion des programmes scolaires du pays, de collaborer en vue d’adapter l’intervention au niveau de l’école dans ce pays. Fait encourageant, l’Institut de l’éducation du Malawi s’est montré fermement engagé à passer d’une approche de programme prenant en compte le genre à une approche de programme véritablement transformatrice du genre.
  3. Renforcement des capacités : Nous avons organisé une formation sur les masculinités et l’éducation destinée aux parties prenantes nationales et aux chercheurs du Malawi et du Cambodge. Nous avons également organisé une formation sur les méthodes actives avec le Centre for alternatives for Victimized Women and Children (CAVWOC) et le Centre for social Research (CSR), afin d’améliorer la collecte de données sur le décrochage scolaire des garçons au Malawi. Les retombées de l’atelier ont dépassé la portée du projet. Comme une personne du CAVWOC prenant part à l’atelier l’a expliqué : « Nous avons orienté l’équipe pour un autre projet sur la façon de recueillir des idées communautaires sur la violence sexiste et les questions sensibles, notamment grâce à des discussions avec les apprenants dans les écoles. » Des consultations nationales ont été menées au Cambodge, au Lesotho et au Malawi afin de rendre le matériel d’enseignement et d’apprentissage transformateur du genre, en mettant l’accent sur les masculinités, notamment grâce au renforcement des capacités.

« Il est grand temps d’agir… Pour qu’aucun enfant ne soit laissé de côté, il faut s’attaquer aux obstacles auxquels sont confrontés tant les filles que les garçons. »

Ministre de l’Éducation du Lesotho

Principaux enseignements

  • Soutenir l’engagement scolaire des garçons n’est pas un jeu à somme nulle. Bien réfléchie, cette démarche permet d’améliorer les systèmes éducatifs transformateurs du genre, tout en promouvant l’égalité des genres dans et par l’éducation des garçons et des filles.
  • Les normes sexistes préjudiciables entravent les parcours éducatifs des garçons. Les garçons n’ont pas besoin d’être « réparés ». La clé consiste à remodeler l’environnement, les attentes et les messages culturels qui entourent la masculinité.
  • Nous avons mené des études de cas par pays sur le décrochage scolaire des garçons, en compilant des données sur les principaux indicateurs de l’éducation (dont l’abandon scolaire) et en menant des entretiens avec des enseignants et des élèves. Grâce à cette base de données probantes, nous avons obtenu l’adhésion d’un large éventail de parties prenantes – apprenants, éducateurs, responsables ministériels et dirigeants communautaires – ce qui a été essentiel pour avoir un impact significatif et durable.

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