Transformer les systèmes éducatifs pour l’égalité des genres et l’inclusion des personnes en situation de handicap

Comment le partenariat favorise les progrès vers des systèmes éducatifs intégrant la notion de genre et les personnes en situation de handicap.

02 décembre 2025 par Paula Malan
|
Lecture : 5 minutes
Rosaria pousse son amie Juliana Rubasha vers la classe. Les deux filles sont maintenant en CE2 à l’école primaire de Kasimba, dans le district de Mpanda, région de Katavi, en Tanzanie. Crédit : GPE/Kelley Lynch

Rosaria pousse son amie Juliana Rubasha vers la classe. Juliana, 14 ans, fréquente cette école depuis quatre ans. Les deux filles sont maintenant en CE2 à l’école primaire de Kasimba, dans le district de Mpanda, région de Katavi, en Tanzanie.

Credit: GPE/Kelley Lynch

Des systèmes éducatifs robustes se caractérisent par l’équité, l’inclusion et la résilience, en veillant à ce qu’aucune fille ni aucun garçon ne soit laissé de côté.

Cependant, les filles et les garçons en situation de handicap font face à des obstacles disproportionnés pour accéder à l’éducation et la poursuivre jusqu’au bout, les empêchant d’atteindre les jalons des compétences fondamentales.

Porter une attention accrue aux élèves les plus marginalisés dans l’éducation profite à l’ensemble des élèves.

Passer de l’intention à l’action

Tous les pays partenaires du GPE ont signé ou adhéré à la Convention des Nations Unies relative aux droits des personnes handicapées, ratifiée par 192 pays, et nombre d’entre eux ont adopté des politiques soutenant une éducation intégrant les handicaps.

Toutefois, le manque de clarté et de cohérence quant à la signification d’une éducation inclusive et la manière dont elle pourrait être mise en œuvre, a conduit les pays à adopter une « éducation inclusive » au niveau politique, tout en peinant à la mettre en pratique.

Afin de passer de l’intention à l’action, le GPE soutient les pays partenaires dans la mise en œuvre de réformes éducatives prioritaires inclusives, portées par les pays, en supprimant les obstacles pour les filles et les garçons en situation de handicap.

Cela implique de :

  • Comprendre les vulnérabilités spécifiques aux handicaps et la manière dont l’exclusion scolaire se manifeste dans chaque contexte
  • Renforcer les facteurs favorables à l'inclusion, notamment par la mise en place de systèmes d’information et de données pour la gestion de l’éducation (SIGE), de politiques et de planifications sectorielles intégrant la notion de genre et les handicaps
  • Soutenir les gouvernements afin de mobiliser des financements supplémentaires pour l’éducation et de les utiliser de manière équitable, en allouant progressivement les ressources nationales aux enfants les plus marginalisés.

Le GPE renforce également les capacités de la société civile — y compris les organisations de défense des droits des personnes en situation de handicap — via L'Éducation à voix haute, afin de défendre le droit à l’éducation pour tous les enfants.

Il diffuse également les connaissances et facilite les échanges entre pairs sur les pratiques efficaces en matière d’éducation inclusive, par le biais du mécanisme de partage de connaissances et d'innovations du GPE (GPE KIX).

Des réformes éducatives prioritaires et inclusives

Une approche systémique de l’égalité des genres et de l’inclusion implique des améliorations dans tous les aspects de la planification, de la gestion et de la mise en œuvre des politiques éducatives, aux niveaux national et décentralisé, ainsi qu’un soutien ciblé destiné aux filles et aux garçons les plus vulnérables.

Les pays partenaires du GPE identifient et définissent leurs réformes éducatives prioritaires dans des pactes de partenariat. Parmi ces pactes, 87 % s’appuient sur une analyse du genre et de la marginalisation afin de mieux comprendre les différentes expériences éducatives des filles et des garçons, et 90 % incluent une réforme prioritaire axée sur l’égalité des genres.

Dans l’ensemble des pays partenaires, 4 sur 5 d’entre eux intègrent des stratégies en faveur de l’inclusion des handicaps dans leurs réformes éducatives prioritaires. Celles-ci portent notamment sur l'amélioration de l’accessibilité et de la sécurité des écoles, la collecte de données sur le handicap et l’identification précoce des situations de handicap grâce à des dispositifs de dépistage.

Les mesures d’inclusion comprennent également le pilotage d’écoles et de centres de ressources inclusifs, la réforme des programmes scolaires et des évaluations, ainsi que la formation initiale et continue des enseignants aux approches sensibles au genre et à la pédagogie inclusive.

De nombreux pays partenaires prévoient également d’acquérir des dispositifs d’assistance pour soutenir l’apprentissage des enfants en situation de handicap, ou de fournir des uniformes scolaires, du matériel et d’autres incitations ciblées pour les filles et les garçons les plus vulnérables.

Entre 2021 et 2024, 69 % des financements de mise en œuvre des programmes approuvés comprenaient au moins une activité soutenant l’inclusion des handicaps.

Tanzanie : de la politique à la mise en œuvre

Les cadres juridiques et politiques de la Tanzanie en matière d’éducation inclusive sont solides, comportant des garanties inscrites dans la Constitution, une loi spécifique sur les droits des personnes handicapées (Persons with Disabilities Act), ainsi qu’une stratégie d’éducation inclusive.

Le Plan sectoriel de l’éducation de la Tanzanie accorde la priorité à l’inclusion des handicaps, en fixant des objectifs en matière de scolarisation, de sécurité et d’accessibilité des écoles, ainsi que d’acquisition de dispositifs d’assistance à l’apprentissage.

Cependant, en raison du manque d’enseignants formés à l’inclusion du handicap, de la stigmatisation, de la pauvreté et des longues distances à parcourir pour se rendre à l’école, le taux de scolarisation des élèves en situation de handicap demeure inférieur aux attentes.

Pour remédier à cette situation, le pacte de partenariat de la Tanzanie a privilégié la formation des enseignants, le renforcement des infrastructures scolaires, ainsi que l’égalité des genres et l’inclusion — et les progrès sont visibles : des systèmes de données harmonisés permettent désormais de suivre les progrès des enfants en situation de handicap, et les financements basés sur les résultats incitent les districts et les écoles à soutenir les mesures d’inclusion.

Pour réduire l’écart entre les politiques et la pratique, et augmenter le taux de scolarisation des enfants en situation de handicap, la Tanzanie investit dans le renforcement de la formation des enseignants à l’éducation inclusive ; elle œuvre également à renforcer les capacités des collectivités municipales et locales à identifier le plus tôt possible les enfants en situation de handicap, afin de mieux répondre à leurs besoins éducatifs.

Cabo Verde : tirer parti d’un accès élevé à l’éducation pour renforcer l’inclusion

Le parcours de Cabo Verde illustre comment un accès quasi universel à l’éducation peut créer un espace propice à la prise en charge des enfants laissés pour compte.

Avec des taux d’achèvement du primaire élevés, le gouvernement a pu réorienter son attention vers les enfants ayant des besoins éducatifs spéciaux.

Une nouvelle loi adoptée en 2024, soutenue par la coalition nationale pour l’éducation, garantit une éducation gratuite ainsi que des dispositifs de soutien pour les enfants ayant des besoins éducatifs spéciaux.

Le pacte de partenariat a permis d’institutionnaliser des équipes de soutien pluridisciplinaires dans toutes les municipalités, composées d’enseignants spécialisés, d’assistants sociaux et de psychologues, capables d’apporter un soutien coordonné aux enseignants et aux élèves.

Par ailleurs, l’éducation inclusive est principalement financée par le budget national, reflétant un fort engagement politique.

Le SIGE du Cabo Verde comprend désormais un module permettant d’identifier les enfants en situation de handicap ainsi que l’accompagnement dont ils ont besoin, et la formation des enseignants à l’éducation inclusive est en passe d'être généralisée.

Le taux de scolarisation des enfants ayant des besoins éducatifs spéciaux a également triplé entre l’année scolaire 2020-2021 et celle de 2023-2024. Pourtant, des défis persistent pour atteindre les enfants ayant les besoins éducatifs les plus complexes, et il est également nécessaire d’examiner l’impact du genre sur les possibilités d’accès, de progression et la participation des filles et des garçons en situation de handicap dans l’éducation.

Ouzbékistan : intégrer l’inclusion à tous les piliers du système éducatif

Le Pacte de partenariat de l’Ouzbékistan constitue un modèle d’intégration de la question du handicap à l’ensemble des piliers de l’éducation : infrastructures, programmes scolaires, formation des enseignants, évaluations et gouvernance.

Le groupe local des partenaires de l'éducation a joué un rôle déterminant dans l’élaboration du pacte de partenariat, les groupes de défense des droits des personnes en situation de handicap ayant activement contribué à définir les priorités du pacte de partenariat, sa théorie du changement et les modalités de suivi.

Malgré une volonté politique affirmée, des défis persistants ont ralenti les progrès en raison des insuffisances en matière d’infrastructures, de la prédominance du modèle médical concernant le handicap et du départ de certains partenaires clés.

Cependant, d’importants efforts sont actuellement déployés, notamment l’élaboration d’un cadre pour les écoles inclusives, le pilotage de modèles d’éducation préscolaire inclusive et la formation à grande échelle des enseignants sur la conception universelle de l’apprentissage (Universal Design for Learning).

Il est important de souligner aussi l'importance accordée au renforcement du SIGE du pays, afin d'améliorer la disponibilité des données pour le suivi de l'inclusion.

L’inclusion est un processus qui multiplie les possibles pour tous

Le parcours de chaque pays partenaire vers un système éducatif plus inclusif est unique car le contexte national, les obstacles potentiels, les ressources disponibles et les capacités varient d’un pays à l’autre.

Dans de nombreux systèmes éducatifs, les filles et les garçons en situation de handicap sont encore largement invisibles ou exclus, et la proportion d'élèves handicapés scolarisés reste faible.

Dans les contextes touchés par la fragilité, où la pauvreté des apprentissages est élevée et les ressources sont limitées, la voie vers l’inclusion peut être progressive.

Des mesures progressives, telles que l’amélioration des systèmes de données, la sécurisation et l’accueil des écoles, ainsi que le renforcement des compétences des enseignants en matière d’inclusion, peuvent jeter les bases d’une transformation vers une éducation inclusive.

Alors que le partenariat amorce sa nouvelle stratégie, le GPE poursuit le déploiement d’approches systémiques favorisant l’égalité des genres et l’inclusion, soutenues par des financements durables et un suivi renforcé des résultats.

Il accompagne ainsi les pays partenaires dans leur ambition de bâtir des systèmes éducatifs équitables, inclusifs et résilients, tout en s’appuyant sur les progrès réalisés dans le cadre du GPE 2025 et des engagements du GPE pris lors du Sommet mondial sur le handicap.

Mais le véritable changement s'opère au niveau national — grâce à la volonté politique, aux partenariats intersectoriels et à la responsabilité mutuelle, multipliant ainsi les possibles pour chaque fille et chaque garçon.

Lire aussi

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas divulguée. Tous les champs sont requis

Le contenu de ce champ sera maintenu privé et ne sera pas affiché publiquement.

Comments

  • Aucune balise HTML autorisée.
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.
  • Les adresses de pages web et les adresses courriel se transforment en liens automatiquement.